Jusque dans les années 70 plus ou moins, en Algérie comme en France, on parlait peu, discrètement, et se comprenait à demi-mot. Généralement sédentaires, les groupes de locuteurs étaient homogènes. On savait plaisanter avec discrétion et sérieux, et ne confondait pas taquinerie et moquerie. Les attitudes, les paroles et les pensées se reconnaissaient. Sauf cas particuliers, les ambigüités se levaient aisément.
Moins de 60 ans plus tard, dans un environnement social de sur / sous-diplômés, on parle beaucoup, bruyamment, mais ne s'écoute pas. Les blaguounettes / railleries / insultes standardisées ont remplacé la plaisanterie / taquinerie cordiale. Le français d’origine, auquel je suis attachée comme un jeune enfant à son doudou, est devenu pratiquement une langue étrangère pour beaucoup de nationaux...
Le proto-langage trépidant qui ne sert pas à communiquer a enseveli la règle, le vocabulaire, la grammaire, la logique, le respect, dans des flots de bruitages quasi mécaniques. Des exhausteurs de sensations aux effets comparables au sucré / salé, aux variétés et BD, à la mode, à la vitesse… Les concepts les plus fondamentaux eux-mêmes (adulte, enfant, parent ; personne, genre ; éducation, justice, recours, santé) font l’objet d’une adaptation libre de droits.
Même l’Ecole n’y échappe pas avec des méthodes qui agissent comme des perturbateurs de l’entendement. Un obstacle à l'émergence de la conscience du sens.
C’est cet obstacle qui mobilise mon attention car il creuse des béances entre nous et dans nos vies. Je propose de partager cette attention...