Newa, CM2, revient hystérique de l'école à midi et déverse sur moi une colère extrémiste. Sa colère est tombée quand je lui ai dit qu’elle n’irait pas à l’école l’après-midi.
A l'origine de sa véhémence de petite fille mal élevée, une séance d'athlétisme -relais- au cours de laquelle une équipe a perdu et l'autre gagné. C'est ça la compète. Comme personne ne sait ni perdre ni gagner avec détachement, la séance a tourné à la confrontation entre les équipes adverses -cette fois-là seulement- ? On s'est traité de tous les noms, on a pleuré, boudé. Les ami(e)s ont eu des mots inamicaux, le maître aura traité des élèves de sales tricheurs. Lorsque Newa aura dit qu'il n'y avait ni gagnant ni perdant puisque c'était du jeu, le maître l'aura traitée de mauvaise joueuse. Tac au tac avec un sale gosse dans la trentaine.
En théorie, c'est l'adulte qui apprend aux jeunes à apprendre à jouer aussi. Toujours en théorie, une activité qui donne lieu à de la violence n’est pas éducative. En toute logique, si la pratique d’un jeu développe l'impatience, la tricherie, le refus des résultats, c'est que les enjeux sont mauvais ; comme gagner fait les meilleurs et perdre des nuls.
Si le maître avait un onglet pédagogie dans son logiciel mental, il aurait attrapé au vol les paroles de l'enfant pour désamorcer le conflit. Sa réaction -exceptionnelle ?- est une contrefaçon de l'esprit de jeu. Ce qui pose la question du projet de l’École...
S’il est d'apprendre à l’enfant à se valoriser au moyen de victoires qu'il remporte, elle réussit à la perfection. Mais personne n’y trouve son compte. C'est donc une affaire de dupes. Car le problème avec la compète est que l’enjeu n’est pas le jeu mais le score. Or le jeu est le lieu des enfants ; de la camaraderie. Le score celui des cerveaux calculateurs ; de la contrefaçon. Les 2 registres appartiennent à des catégories distinctes : le jeu est une réalité, le score une virtualité.
Faire faire du sport aux enfants avec un fourrage aussi indigeste est du sabotage.
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